
Ne soyons pas dupes toutefois, DontNod n’a pas inventé le genre Neonoir.
Une question à laquelle devrait répondre le titre développé par Dontnod, Remember Me, et devrait par ailleurs bien y répondre du fait qu’il soit développé par des français. J’ai regardé le direct organisé par Gamekult, le 7 Mai, auquel étaient conviés les deux développeurs principaux (je suppose) pour présenter leur bébé. Anecdote qui m’a fait sourire, le studio compte en partie d’anciens de Quantic Dream, l’autre studio français, à l’origine d’Heavy Rain et prochainement, Beyond Two Souls.
Ce direct m’a permis de constater deux choses : en 2084, le pain au chocolat coutera 5 € et il ne sera pas bien différent d’un beat’em all classique, si l’on omet quelques passages contemplatifs ou de gameplay alternatif. Cependant, les développeurs ne s’en sont pas cachés : “le jeu fera 10 heures, on a tout concentré sur le scénario et le plaisir de jeu”. Je rappelle volontiers que la construction vidéoludique actuelle m’exaspère du fait que les développeurs, pour des raisons marketing évidentes, s’efforcent de rendre un jeu au gameplay simpliste et Remember Me n’y coupe pas, et je lui reproche déjà. Mais procédons par ordre.
Scénaristiquement, l’on incarne une jeune femme à la recherche de ses souvenirs dans un futur où la mémoire est un commerce : on peut la vendre, on peut la modifier, on peut la partager. Bref, un Jason Bourne dans le futur avec des touches d’Inception, qui je le rappelle à l’audience, est un projet décennaire; mieux, on lisait la même histoire dans un Picsou, apparemment ! En soit, l’idée n’est pas fondamentalement mauvaise, le reproche que je pourrais formuler serait orienté sur la direction artistique qui manque d’audace !

Inception, Remember Me, Picsou.
L’éternelle bataille des créatifs pour revendiquer un scénario sur le contrôle des rêves.
Nous sommes actuellement dans une période, notamment si l’on prend l’exemple du cinéma, où le spectateur demande un certain réalisme tant dans la mise en scène que dans l’univers dans lequel les personnages de la fiction évoluent. Dès lors, en matière de Science-Fiction, l’on se retrouve très vite avec des mondes à l’architecture mêlant le vide de l’art contemporain aux anciennes constructions, le tout sous une pluie battante. A l’exception de Blade Runner, précurseur du genre et à l’issue véritablement nihiliste, la plupart des réalisations actuelles se servent du décor pour exploiter une histoire à l’intérêt limité : Oblivion, Total Recall (le remake), Looper…

Le jeans, la matière devant l’Eternel. Il y aussi la Citadelle d’Half-Life² au fond.
Le reproche que je ferais à cette génération de réalisateurs peu téméraires est de ne pas prendre de risques en matière de design et d’architecture, et c’est le même reproche que je fais d’avance à Remember Me, pourtant, je ne saurais leur jeter vraiment la pierre, leur aventure se passe en 2084, leur vision pourrait, pourquoi pas, s’appliquer. Nonobstant, si leur univers est science-fictionnellement policé, il reste très inspiré d’une oeuvre française que l’on aimerait passer sous silence mais qui est pourtant l’un des témoins de la culture des années 1990 : Le Cinquième Élément, de Luc Besson.

Amateurs de coupes au carré et de vêtements moulants en lycra signés Jean-Paul Gaultier,
l’héroïne de Remember Me devrait vous plaire. (Milla Jovovich n’est toutefois pas présente dans jeu, messieurs)
Le gameplay serait toutefois le véritable gros défaut du jeu. Pour ceux qui souhaitent se procurer le titre le mois prochain, je passerai sous silence les phases de gameplay alternatives, mais je tiens à faire une petit laïus sur le système de combat : ENCORE ?!! On doit encore bourriner les deux mêmes touches et ça sortira des combos spectaculaires tout seul ? QUOI ?!! On ne pourra pas désactiver les aides ? Je veux bien comprendre que ce système favorise l’achat d’un jeu et d’ailleurs, la méthode n’empêche pas un jeu d’être mauvais, la série Batman : Arkham en est l’exemple, mais il s’agit d’un environnement ouvert, Remember Me sera linéaire !! Durant le direct de Gamekult, les développeurs ont précisé et démontré que pour compenser ce gameplay mollasson des patterns devront être apprises pour venir à bout des ennemis : si l’on utilise systématiquement la même attaque, celle-ci risque de devenir inefficace, les adversaires ayant appris à les parer. A voir.
Pourquoi diable faire un article sur ce jeu, qui a l’air tout aussi générique que le dernier Castlevania, Enslaved ou Brütal Legend (qui avait cependant le mérite d’être drôle) ? Tout simplement par chauvinisme, j’ai défendu en son temps Farhenheit dans ma cour de récré, Heavy Rain (et également Dishonored) en mangeant une pizza au restaurant universitaire de ma faculté et je pense que je défendrai Remember Me, notamment pour l’honnêteté des développeurs d’avoir dit ce que serait leur jeu à la sortie mais aussi pour avoir voulu proposer un visuel et un scénario un peu plus originaux que les beat’em all classiques, ce qui est, au final, plutôt rare dans le milieu du Jeu Vidéo.
Il ne détrônera certainement pas les séries Mass Effect et Deus Ex, fortement encrées dans mon cœur, mais j’ai envie de donner une chance à DontNod. Pour info, sa version PC est disponible à 34,99 € sur Amazon. Si le pain au chocolat est à 5 € en 2084, je n’ose imaginer le prix des jeux vidéos.

Le Jeu Vidéo français, entre bon goût et tradition.




